Axe intestin-cerveau : comment vos intestins communiquent avec votre cerveau ?
L’axe intestin-cerveau est un véritable réseau de communication entre votre ventre et votre tête. Découvrez comment vos intestins dialoguent avec votre cerveau à travers le nerf vague, les hormones, le microbiote et le système immunitaire, et en quoi cela peut influencer vos émotions et votre niveau de stress.
INTESTINSCERVEAUCOMMUNICATION ENTRE SYSTÈMES
cecilia tetard
12/1/20257 min temps de lecture






Pendant longtemps, on a imaginé le cerveau comme un chef d’orchestre isolé, qui dirige le reste du corps depuis la tête. Pourtant, la science montre aujourd’hui que nos intestins jouent un rôle bien plus actif que prévu dans la régulation de notre humeur, de notre stress et de notre bien-être global.
L’axe intestin-cerveau désigne ce réseau de communication permanent entre le ventre et la tête. Comprendre comment il fonctionne permet de mieux saisir pourquoi un stress émotionnel peut se ressentir dans le ventre… et pourquoi un intestin perturbé peut parfois influencer nos pensées ou notre humeur.
Axe intestin-cerveau : comment vos intestins communiquent avec votre cerveau ?
Qu’est-ce que l’axe intestin-cerveau ?
Une communication à double sens entre ventre et tête
L’axe intestin-cerveau est le nom donné au dialogue constant entre le système digestif et le système nerveux central. Cette communication se fait dans les deux sens :
le cerveau envoie des informations vers les intestins (par exemple lors d’un stress ou d’une émotion forte),
les intestins envoient eux aussi des signaux vers le cerveau (via des nerfs, des hormones, le système immunitaire et le microbiote).
Ce dialogue continu influence de nombreux aspects de notre vie quotidienne : digestion, appétit, niveau de stress, qualité du sommeil, humeur, capacité à nous adapter aux changements…
On comprend alors pourquoi un événement difficile peut “nouer l’estomac”, ou pourquoi des troubles digestifs chroniques peuvent s’accompagner d’une fatigue morale ou d’une irritabilité.
Le rôle du système nerveux entérique, le “deuxième cerveau”
Au cœur de cet axe intestin-cerveau, on trouve le système nerveux entérique, parfois surnommé le “deuxième cerveau”. Ce réseau contient des centaines de millions de neurones, qui tapissent la paroi du tube digestif.
Ce “deuxième cerveau” gère une grande partie de la motricité intestinale, de la sécrétion de certaines substances digestives et de la perception des sensations internes (douleurs, inconfort, distension…).
Il ne remplace pas le cerveau dans la tête, mais il échange en permanence avec lui. Ces échanges peuvent contribuer à un sentiment de confort digestif et de calme intérieur… ou, à l’inverse, à des sensations de tension, de boule au ventre ou d’urgence digestive, notamment en période de stress.
Les grandes voies de communication entre intestin et cerveau Le nerf vague : autoroute principale des messages
Le nerf vague est l’une des principales voies de communication de l’axe intestin-cerveau. Il relie le cerveau à de nombreux organes, dont le tube digestif.
Ce nerf joue un rôle central dans la régulation du système nerveux autonome, celui qui gère les fonctions automatiques (respiration, rythme cardiaque, digestion…).
Lorsque le nerf vague est bien “tonique”, il favorise un état de calme relatif, propice à la digestion, à la récupération et à la sensation de sécurité intérieure. À l’inverse, un nerf vague peu stimulé peut être associé à une plus grande réactivité au stress, une digestion plus compliquée et une difficulté à “redescendre” après une tension.
Certaines pratiques (respiration lente, cohérence cardiaque, méditation, chant, activité physique douce…) peuvent participer à soutenir cette voie vagale.
Le système immunitaire et l’inflammation de bas grade
Une grande partie de notre système immunitaire se trouve dans la paroi intestinale. Il est en contact étroit avec ce qui transite dans le tube digestif (aliments, bactéries, toxines…).
En cas de déséquilibre du microbiote, de perméabilité intestinale augmentée ou de stress chronique, le système immunitaire peut produire davantage de molécules inflammatoires.
Cette “inflammation de bas grade” est parfois discrète mais elle peut envoyer au cerveau des signaux qui influencent la fatigue, l’humeur, la motivation ou la sensibilité au stress. Là encore, le message n’est pas que tout vient des intestins, mais que l’intestin fait partie du tableau global.
Les hormones et neurotransmetteurs impliqués
L’axe intestin-cerveau implique également des hormones (comme le cortisol, hormone du stress) et des neurotransmetteurs (comme la sérotonine ou la dopamine).
Une partie significative de la sérotonine, souvent appelée “hormone du bien-être”, est produite au niveau intestinal. Des signaux hormonaux et nerveux partent des intestins et informent le cerveau sur l’état du corps : satiété, confort ou inconfort digestif, présence d’inflammation…
Quand ces signaux sont harmonieux, ils contribuent à un terrain plus stable. Quand ils sont perturbés, ils peuvent s’intégrer à d’autres facteurs (psychologiques, environnementaux, relationnels) et participer à un ressenti émotionnel plus fragile.
Le rôle du microbiote dans l’axe intestin-cerveau
Comment les bactéries intestinales produisent des molécules messagères
Le microbiote intestinal, constitué de milliards de bactéries, est un acteur majeur de l’axe intestin-cerveau. Ces micro-organismes produisent une multitude de substances :
des acides gras à chaîne courte, qui soutiennent la barrière intestinale et peuvent influencer l’inflammation,
des métabolites qui modulent la production de neurotransmetteurs,
des signaux qui communiquent avec le système nerveux et immunitaire.
Certaines bactéries semblent favoriser un terrain plus apaisé, tandis que d’autres, en excès, peuvent être associées à davantage d’inflammation ou de sensibilité. La diversité et l’équilibre du microbiote sont donc des points clés pour un axe intestin-cerveau plus harmonieux.
Impact d’un microbiote déséquilibré sur le stress et l’humeur
Lorsqu’un microbiote se déséquilibre (dysbiose), pour diverses raisons (alimentation, stress, médicaments, infections…), cela peut se manifester à plusieurs niveaux :
sur le plan digestif : ballonnements, transit perturbé, douleurs,
sur le plan général : fatigue, baisse d’énergie, sensation de “brouillard” mental,
et parfois sur le plan émotionnel : irritabilité, sensibilité accrue au stress, fluctuations d’humeur.
Ce lien n’est ni automatique ni unique (chaque personne réagit différemment), mais il invite à considérer l’intestin comme un partenaire de notre équilibre psychique, plutôt qu’un simple organe isolé.
Quand l’axe intestin-cerveau se dérègle : quels signes possibles ? Troubles digestifs (ballonnements, transit, douleurs)
Un axe intestin-cerveau sous tension peut se manifester par des symptômes digestifs récurrents :
ballonnements fréquents,
douleurs abdominales ou crampes,
diarrhée, constipation ou alternance des deux,
sensation de “nœud au ventre”.
Ces signes peuvent s’intensifier dans les périodes de pression émotionnelle ou de stress prolongé. Ils ne signifient pas forcément qu’il y a une pathologie grave, mais ils indiquent que l’axe est probablement en demande de soutien.
Fatigue, irritabilité, anxiété plus présente
Au-delà de la digestion, un axe intestin-cerveau déséquilibré peut s’intégrer à d’autres facteurs pour nourrir un terrain de :
fatigue persistante, malgré le repos,
irritabilité, difficulté à relativiser,
anxiété plus fréquente, ruminations, tensions internes.
Là encore, ce n’est pas “la faute” exclusive des intestins, mais comprendre leur rôle permet de sortir d’une vision uniquement centrée sur la tête et d’ouvrir de nouvelles pistes de soutien.
Comment soutenir l’équilibre de l’axe intestin-cerveau ? Bases alimentaires pour un intestin plus apaisé
L’alimentation est l’un des moyens les plus concrets pour soutenir l’axe intestin-cerveau. Quelques repères généraux peuvent être aidants :
privilégier des aliments peu transformés, riches en fibres (légumes, fruits, céréales complètes, légumineuses si elles sont tolérées),
intégrer progressivement des aliments fermentés adaptés (yaourt, kéfir, choucroute crue, etc.),
limiter les excès répétés de sucres rapides, alcool et produits ultra-transformés, qui peuvent fragiliser le microbiote et la muqueuse intestinale,
respecter votre propre tolérance : ce qui convient à l’un ne convient pas forcément à l’autre.
L’important n’est pas de suivre une liste rigide, mais de construire, pas à pas, une assiette qui soutient votre confort digestif et votre énergie.
Hygiène de vie, gestion du stress et sommeil
Parce que l’axe intestin-cerveau implique le système nerveux, le stress et le sommeil jouent un rôle central. Quelques pistes simples peuvent aider :
introduire des temps de pause dans la journée (respiration, marche, étirements),
favoriser un sommeil régulier autant que possible (heures de coucher et lever relativement stables),
pratiquer des activités qui stimulent en douceur le nerf vague : respiration lente, cohérence cardiaque, méditation, chant, yoga, marche consciente, etc.
Ces gestes ne font pas disparaître les difficultés du jour au lendemain, mais ils peuvent, au fil du temps, contribuer à un terrain nerveux plus apaisé, favorable aussi à l’intestin.
Quand envisager un accompagnement global
Si les troubles digestifs, la fatigue, l’anxiété ou les variations d’humeur prennent une place importante dans votre vie, il peut être précieux de ne pas rester seul(e).
Un accompagnement global permet :
d’explorer ce qui se joue au niveau digestif, hormonal, émotionnel,
de mettre en lumière les liens entre l’intestin, le vécu psychique et le contexte de vie,
de construire des ajustements réalistes, au rythme de la personne.
L’axe intestin-cerveau n’est pas une explication unique à tout, mais une clé de lecture supplémentaire pour mieux comprendre ce qui se passe en vous. En prenant soin de ce dialogue entre ventre et tête, vous soutenez à la fois votre corps et votre monde intérieur.
Sources et références
Contrôle de la glycémie par l’axe nerveux intestin-cerveau Filipe De Vadder, Gilles Mithieux, Inserm U855, 7-11 rue Paradin, 69372 Lyon Cedex 08, France ; Université de Lyon.
Madison A, Kiecolt-Glaser JK. Stress, depression, diet, and the gut microbiota: human–bacteria interactions at the core of psychoneuroimmunology and nutrition. Current Opinion in Behavioral Sciences. 2019;28:105‑110. doi:10.1016/j.cobeha.2019.01.011.
Vincent Paillé. Impact de l’alimentation périnatale déséquilibrée sur le remodelage de l’axe intestin-cerveau. Neurosciences.
