Microbiote et émotions : vos bactéries influencent votre humeur
Votre microbiote intestinal ne se contente pas d’aider à digérer : il influence aussi votre humeur, votre stress et vos émotions. Découvrez comment les bactéries de vos intestins communiquent avec votre cerveau et comment en prendre soin au quotidien.
MICROBIOTE ET ÉMOTIONSHUMEUR
cecilia tetard
12/4/20256 min temps de lecture






On a longtemps séparé ce qui se passe “dans la tête” de ce qui se passe “dans le ventre”. Pourtant, de plus en plus d’études montrent que nos intestins et notre cerveau sont étroitement liés. Quand on parle de microbiote intestinal, on parle aussi, indirectement, de stress, d’humeur, de fatigue émotionnelle ou de vulnérabilité face aux événements du quotidien.
Cet article propose de comprendre comment vos bactéries intestinales peuvent influencer vos émotions, et comment, concrètement, vous pouvez soutenir cet équilibre au quotidien.
Microbiote et émotions : vos bactéries influencent votre humeur
Le microbiote intestinal, bien plus qu’un simple “tube digestif” Ce que l’on appelle le microbiote intestinal
Le microbiote intestinal désigne l’ensemble des micro-organismes (bactéries, levures, virus non pathogènes, etc.) qui vivent dans vos intestins. On estime qu’ils sont des milliers de milliards, appartenant à des centaines d’espèces différentes.
Loin d’être de simples “passagers”, ces micro-organismes participent à de nombreuses fonctions essentielles : digestion des fibres, production de vitamines, soutien du système immunitaire, protection de la barrière intestinale… et communication avec votre cerveau.
Chaque personne possède une sorte “d’empreinte” de microbiote, influencée par la naissance, l’alimentation, le mode de vie, les médicaments, le stress ou encore l’environnement.
Pourquoi on parle d’un “deuxième cerveau”
On parle de plus en plus de l’intestin comme d’un “deuxième cerveau”. Ce n’est pas qu’il “pense” comme le cerveau, mais il possède son propre système nerveux (le système nerveux entérique), avec des centaines de millions de neurones.
Ce système nerveux intestinal échange en permanence des informations avec le cerveau via des réseaux complexes : signaux nerveux, molécules messagères, hormones, système immunitaire.
Ce dialogue constant contribue à expliquer pourquoi un inconfort digestif peut s’accompagner d’une irritabilité, pourquoi le stress peut se manifester par des douleurs abdominales, ou pourquoi se “sentir lourd” après un repas peut influencer notre énergie et notre humeur.
Comment les intestins communiquent avec le cerveau ?
Les voies de communication : nerf vague, système immunitaire, molécules messagères
L’axe intestin–cerveau est un véritable réseau de communication à double sens. Les informations circulent du cerveau vers l’intestin, mais aussi de l’intestin vers le cerveau. Plusieurs voies sont impliquées :
Le nerf vague : c’est l’un des nerfs les plus importants de cette communication. Il transmet des informations sensorielles venant de l’intestin vers le cerveau, et participe à la régulation du système nerveux autonome (stress, repos, digestion…).
Le système immunitaire : une grande partie de nos cellules immunitaires se trouve dans l’intestin. Elles réagissent à ce qui se passe dans la flore intestinale et peuvent produire des molécules inflammatoires ou anti-inflammatoires, qui influencent ensuite le cerveau.
Les molécules messagères : le microbiote produit des substances (acides gras à chaîne courte, métabolites divers) qui peuvent agir localement, mais aussi envoyer des signaux à distance, notamment au système nerveux central.
Lorsque cet axe fonctionne de manière fluide, notre digestion et notre état émotionnel peuvent être plus stables. Quand il est perturbé, il peut participer à une sensibilité accrue au stress, à des variations d’humeur ou à une sensation de “tension intérieure”.
Le rôle des neurotransmetteurs produits dans l’intestin (dont la sérotonine)
On sait aujourd’hui qu’une part très importante de certaines molécules impliquées dans l’humeur, comme la sérotonine, est produite au niveau intestinal.
Cela ne veut pas dire que “nos émotions viennent uniquement des intestins”, mais que l’intestin et son microbiote participent à la régulation de ces messagers.
Les bactéries intestinales peuvent influencer la production et la disponibilité de certains neurotransmetteurs ou précurseurs (comme le tryptophane pour la sérotonine). Un microbiote en déséquilibre ne constitue pas la seule cause d’un mal-être émotionnel, mais il peut être un des éléments de la chaîne, au même titre que le sommeil, le stress, l’histoire personnelle, le contexte de vie, etc.
Quand le microbiote se déséquilibre : quels effets sur l’humeur ? Digestion difficile, fatigue et vulnérabilité émotionnelle
Lorsque le microbiote est perturbé (on parle parfois de dysbiose), différentes manifestations peuvent apparaître : ballonnements, douleurs, transit irrégulier, sensations de lourdeur ou d’inconfort après les repas.
Ces gênes digestives répétées peuvent peser sur le quotidien, avec une fatigue plus présente, une irritabilité ou une baisse de tolérance au stress.
Imaginez devoir gérer en continu des signaux internes désagréables (douleurs, inconfort, lourdeur) : cela consomme de l’énergie, diminue le niveau de “réserve” disponible pour faire face aux imprévus du quotidien, et peut contribuer à une plus grande fragilité émotionnelle.
Stress, anxiété, ruminations : quand l’axe intestin–cerveau se tend
Le lien fonctionne aussi dans l’autre sens : un stress chronique, des périodes de grande pression ou des événements difficiles peuvent modifier le fonctionnement du système nerveux et hormonal, et, par ricochet, l’équilibre du microbiote.
Les intestins deviennent parfois plus sensibles, plus réactifs. Certaines personnes constatent que leurs symptômes digestifs s’aggravent dans les périodes émotionnellement chargées.
Un cercle peut alors s’installer : le stress perturbe le microbiote, le microbiote perturbé renforce les signaux de malaise et de fatigue, ce qui peut nourrir à son tour l’anxiété ou les ruminations.
L’idée n’est pas de culpabiliser, mais de comprendre qu’en travaillant sur l’un des maillons (les intestins, l’hygiène de vie, le stress, l’accompagnement émotionnel…), il est possible d’apaiser progressivement l’ensemble du système.
Prendre soin de ses bactéries pour soutenir ses émotions Les bases alimentaires pour un microbiote plus serein
L’alimentation est l’un des leviers les plus accessibles pour soutenir le microbiote, et donc indirectement le terrain émotionnel. Quelques repères généraux peuvent être utiles :
Donner une place régulière aux légumes et fruits variés, sources de fibres et de micronutriments.
Introduire ou maintenir des céréales complètes et légumineuses (si elles sont bien tolérées) pour nourrir la flore.
Limiter, autant que possible, les produits ultra-transformés, très sucrés ou très gras, consommés de façon répétée.
Intégrer progressivement des aliments fermentés (yaourt, kéfir, choucroute crue, etc.) si votre corps les supporte bien.
L’objectif n’est pas la perfection, mais la cohérence dans le temps : de petites améliorations régulières peuvent être plus bénéfiques qu’un “régime” strict et difficile à tenir.
Rythme de vie, stress, sommeil : des facteurs qui comptent aussi
Le microbiote ne réagit pas uniquement à ce que nous mangeons. Il est également sensible à notre rythme de vie, notre niveau de stress, notre sommeil, notre activité physique.
Un sommeil de mauvaise qualité, des journées constamment sous pression, des repas pris dans la précipitation ou sans écoute du corps peuvent aussi fragiliser l’équilibre intestinal.
Mettre en place quelques repères simples peut soutenir à la fois vos intestins et vos émotions :
prévoir des repas pris dans un minimum de calme,
instaurer des routines apaisantes (respiration, marche, pauses),
respecter autant que possible votre rythme de sommeil.
Là encore, il ne s’agit pas de tout changer d’un coup, mais d’introduire progressivement des gestes de soutien.
Quand se faire accompagner (approche globale, pas de solution miracle)
Si vous sentez que les symptômes digestifs, le stress ou les variations d’humeur prennent trop de place dans votre vie, il peut être précieux de ne pas rester seul(e) avec cela.
Un accompagnement adapté (santé digestive, psychothérapie, approche intégrative, etc.) permet souvent de prendre du recul, de comprendre ce qui se joue pour vous, et de mettre en place des stratégies réalistes.
Le microbiote n’est ni responsable de tout, ni la solution à tout, mais il fait partie d’un ensemble. En prenant soin de lui, vous envoyez un message de soutien à tout votre système, y compris à votre monde émotionnel. C’est un chemin qui se construit pas à pas, dans le respect de votre rythme et de votre histoire.


Sources et références
Brennstuhl M-J, Martignon S, Tarquinio C. Alimentation et santé mentale : l’alimentation comme voie vers le bonheur ? (Diet and mental health: Food as a path to happiness?). Nutrition Clinique et Métabolisme. 2021;35(3):168‑183. doi:10.1016/j.nupar.2021.02.004.
Obry L, Page G. Les psychobiotiques, une révolution thérapeutique en devenir. Actualités Pharmaceutiques. 2025;64(645):16‑20.
